Flarmes

Dessin d’Anneka

Dans le jardin de Notre-Dame
Où l’on se fait de bons amis,
‘y a qu’à se promener chaque matin,
Un peu de maïs au creux des mains.
Même les ponts, ça se construit
Car pour aller à Notre-Dame,
De Notre-Dame jusqu’à Paris
Il a bien fallu se mettre au boulot
Et porter des pierres sur son dos
Pour passer par-dessus l’eau.
Voilà pourquoi Paris s’enroule,
S’enroule comme un escargot,
Pourquoi la terre s’est mise en boule
Autour des cloches du parvis.

Extrait de Notre-Dame de Paris, chanté par Edith Piaf, paroles : Eddy Marnay, musique : Marc Heyral,1952

 

 

 

À l’origine

Festival Hors limites en Seine-Saint-Denis : samedi  6 avril, à la bibliothèque des Lilas, j’ai lu un extrait de ma nouvelle « À l’origine »*, inspirée de la vie d’une sœur de ma grand-mère, émigrée en Argentine au tout début du XXe siècle. Lorsque l’extrait commence, Saturnina arrive à Buenos Aires sur le Giulio Cesare, un jour de novembre 1926.

Accoudée au bastingage, tout près du quai maintenant, Saturnina se souvient de ce jour du printemps 1906 où, par l’entremise d’Anselmo, elle fut introduite dans le salon privé de la maîtresse de la maison Baldiano. Elle tremblait en présentant à Doña Juana la lettre de recommandation du curé de la paroisse de San Bernardo : Je vous recommande cette paroissienne, bonne chrétienne, modeste et de conduite irréprochable, qui ne manque aucun office religieux… La sévère Juana l’avait toisée, questionnée, observée. Et avait finalement décidé de faire confiance au curé et à Anselmo en prenant à l’essai cette femme menue, silencieuse, effacée, dont la patronne, Madame Pellegrini, avait dit le plus grand bien.

Pendant les douze années passées au service des Baldiano, elle devint une parfaite femme de chambre. Les filles Baldiano ne s’apercevaient guère de sa présence silencieuse, sauf María Isabel, qui la saluait le matin, la remerciait pour les draps impeccablement repliés sur le lit et les chemises de dentelle fine que Saturnina repassait pour elle. Elle finit même par l’appeler par son prénom, ou par une partie de son prénom. Saturnina c’est trop compliqué lui avait-elle dit lorsqu’elle avait paru remarquer sa présence, tu seras Nina, c’est plus simple. Continue reading

Maman, tu as mis ta cape à l’envers !

Photo Centro Mujer Cabanillas, Espagne

Aujourd’hui 8 mars, c’est la journée internationale des droits des femmes. La première eut lieu le 28 février 1909 aux États-Unis, parrainée par le parti socialiste d’Amérique. Une autre journée eut lieu le 19 mars 1911, internationale celle-là, à l’appel de Clara Zetkin, une féministe allemande qui soutint activement le droit au travail des femmes, contesté au sein même du mouvement ouvrier. Deux types de revendications à l’époque : l’amélioration des conditions de travail et l’obtention du droit de vote. Les Nations Unies ont officialisé cette journée à travers le monde en 1975, parmi 87 journées internationales (!). Il s’agit ce jour-là de parler des conditions de vie des femmes : travail, famille, santé, droits, etc. Et aussi de faire remarquer que l’inégalité fondamentale reste celle du partage des tâches domestiques au sein du foyer, qui en entraîne bien d‘autres : les femmes travaillent plus à temps partiel (ça tombe bien, il y a de l’offre pour ça), sont moins présentes en politique ou dans l’engagement associatif, prévoient leur vie professionnelle et donc leurs études en fonction de leur rôle au sein de la famille, jonglent souvent avec deux ou trois journées en une…
Allez, c’est pas tout ça, remettons nos tabliers (pardon, nos capes à l’envers), le ménage n’attend pas !

Valentine

 

Lci

Hier soir 14 février, je préparais un post sur la fête des amoureux, en déplorant le faible nombre de petits cœurs et de bouquets de fleurs entrevus dans le métro parisien, peuplé de passagers remarquablement bougons en cette presque fin d’hiver.
Et puis j’ai suivi le débat sur la fiscalité écologique pendant l’émission « 28 minutes » sur Arte.
Un homme et deux femmes sont invités. La plus  jeune explique l’importance de développer des moyens de transport autres que la voiture. L’homme, après avoir levé les yeux au ciel d’un air amusé, lui répond :

Vous savez,  ce qui m’embête, vous êtes charmante, vous êtes gentille, mais vous n’avez rien compris.

Elle est compétente, persuasive, a préparé son argumentaire… Court silence après l’intervention du monsieur. Vous êtes un peu lapidaire et condescendant, dit l’animatrice de l’émission, mais on entend à peine la fin de sa phrase. La jeune femme  sursaute et reprend son argumentation. La troisième experte, plus âgée, est invitée à « faire l’arbitre » et renchérit  sur les propos de sa voisine.
Je reste la fourchette en l’air (c’est l’heure du dîner), ai-je bien entendu ? Vous êtes charmante, vous êtes gentille, mais vous n‘avez rien compris. Est-ce ainsi qu’une femme peut être traitée, encore aujourd’hui, dans une émission de bonne tenue, sans que personne ne réagisse fermement ? Eh bien oui, c’est possible.

Alors finalement, la journée des amoureux,… Plus tellement envie de parler de petits cœurs et de fleurs moi…

 

Leurs enfants après eux

Leurs enfants après eux, un livre de Nicolas Mathieu. Destin implacable de familles et d’adolescents après l’extinction des hauts fourneaux, quelque part dans l’est de la France, quand le travail manque et que rien ne vient le remplacer, hormis les supermarchés et les parcs de loisirs.
Les vies tournent en rond sans trouver la sortie, marquées par « l’effroyable douceur d’appartenir ».
Souvenir de ces couples de vingt ans, au bord d’un plan d’eau qui rassemblait la jeunesse et les familles des alentours, quelque part entre Sens et Troyes. Leurs ancêtres étaient sans doute bonnetières, briquetiers, bûcherons ou charbonniers. Les garçons avaient tous une canette de bière à la main, et ils n’en buvaient pas qu’une dans l’après-midi, témoins les petits bidons qui pointaient déjà au-dessus de l’élastique de leur maillot. Les filles affairées à s’occuper du ménage de leur mini-installation au bord de l’eau. Des ados qui jouent aux adultes, me suis-je dit, sauf qu’ils ne jouaient pas, car les bébés dans les bras de leurs mères encore minces étaient bien réels, comme l’étaient les couvertures sur lesquelles on voyait des biberons, des couches et tout le matériel pour s’occuper d’un enfant. Ils avaient l’air sérieux déjà, montés d’un coup de l’enfance à l’âge de parent.  Leurs regards fixes, leurs poses de grands. Comme ceux croisés dans les villages déserts de travail du Nord, un chemin, pas deux. Même pas tristes, des rêves mêmes pas brisés, juste entrevus peut-être. Et leurs enfants après eux ?

Fleurs patagones

Bon passage  d’une année à l’autre avec ces fleurs de Patagonie !

 

 

 

 

Du Béarn aux Amériques

Quand les Français émigraient… Vendredi 14 décembre prochain, Maison de l’Amérique latine à Paris, film – recueil de nouvelles – débat sur l’émigration béarnaise en Argentine.

Entrée libre, réservation au 01 45 72 09 08  et casasantafe@yahoo.fr

http://www.mal217.org/fr/agenda/du-bearn-aux-ameriques?fbclid=IwAR3uUepF8ZxmGb-T6U5fBQRjStuxmUPpPvxkXbhJScFOfD8aWxu5nwJ70nk#.XAVUvqkLDQM.email

 

Un euro

Elle ne retrouve plus  son portable. Panique. Elle cherche dans son sac, dans ses poches, s’agite sur le siège à côté de moi.  Son compagnon, assis en face d’elle, interrompt sa lecture d’un livre et  la rassure : mais non, regarde dans ta poche, là.

Ils ont la cinquantaine tous les deux, elle est blonde, soignée sans afféterie, habillée classe moyenne confortable et simple.  Lui porte un loden beige foncé sur une tenue du même genre, belle carrure, barbe fine et travaillée, regard  incisif.  Les deux au mitan de leur vie, de beaux jours derrière eux, encore beaucoup devant, si tout va bien.

Un homme sale, sentant mauvais, s’arrête dans le passage entre les deux carrés de sièges. Une petite pièce messieurs dames s’il vous plaît. Regard las, tête baissée, il sera peut-être écroulé dans un couloir du métro d’ici quelques minutes. Le couple ne lui prête aucune attention. Transparent. La dame trouve enfin son portable, dans sa poche, là, son compagnon avait raison. Elle soupire de soulagement et sourit.  Ils reprennent leur lecture attentive, lui de son  gros livre, elle d’un plus petit. Le miséreux est toujours là, silencieux. Je sors un euro de mon sac  et le lui donne. Le monsieur me regarde d’un air réprobateur, vous savez bien qu’on ne fait pas ce genre de choses, voyons ! semble-t-il dire. Je pourrais lui renvoyer la réflexion. Le miséreux s’en va.

 

 

La gloire et le sacrifice

 

Détail du monument aux morts de Quinsac  en Gironde. Dans la partie supérieure est sculpté un médaillon représentant le visage de terreur de Pierre Schnegg, fils du sculpteur, disparu à 21 ans dans la bataille du Chemin des Dames, le 16 avril 1917.
Son corps n’a jamais été retrouvé. *

À côté de l’Hôtel de Ville de Paris, une exposition  sur les objets du quotidien des poilus  pendant la guerre de 14-18  est affichée sur de grands panneaux. Sur l’un d’eux, ces mots :

« À travers cette magnifique exposition, c’est un hommage sobre, digne et accessible à toutes et tous que nous rendons à ceux qui ont contribué par leur sacrifice à l’Histoire de notre Nation et à l’espérance d’un monde de paix et de fraternité. » Anne Hidalgo, Maire de Paris

Sacrifice :

  • Offrande à une divinité et, en particulier, immolation de victimes.
  • Effort volontairement produit, peine volontairement acceptée dans un dessein religieux d’expiation ou d’intercession.
  • Renoncement volontaire à quelque chose, perte qu’on accepte, privation, en particulier sur le plan financier : Faire de grands sacrifices pour ses enfants. *

Si quelques-uns ont écrit des journaux de guerre transformés parfois  en livres après les hostilités, la majorité des poilus s’est tue. Ils n’ont rien dit des tranchées, du froid, de la faim, des corps déchiquetés, de la brutalité de certains officiers et hauts gradés, du déluge de fer et de feu qui s’abattait sur eux. Ils ont gardé le silence sur les blessures du corps et celles de l’esprit. Des soldats ont été appelés les trembleurs de guerre, pris d’irrépressibles spasmes longtemps après les  combats. D’autres ont été retrouvés sur les champs de bataille en position fœtale, incapables de bouger, en l’absence de  toute atteinte organique. Le stress post traumatique n’existait pas et l’heure était à la gloire du « sacrifice consenti » et aux élans patriotiques pour sauver la France. La souffrance et le désespoir n’avaient pas leur place dans cette histoire, bâillonnés par le  discours officiel qui poursuivait et poursuit encore sa route sur les décombres. Continue reading

Comme l’air

 

Entendu sur le quai du métro :

– J’ai pas d’enfants, j’ai pas d’animaux, j’ai pas de copain, j’ai pas de travail. Mais je suis libre, je fais ce que je veux.
-…
– Ce qui m’embête c’est que je suis attachée à ma mère. Dans les livres les gens sont attachés à leur copain et aussi à leur mère. Moi je suis seulement attachée à ma mère.
– C’est pas beaucoup.
– Non mais je fais ce que je veux en fait.

 

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