C’est une petite rue de banlieue, une petite rue de rien du tout à sens unique, dans laquelle les automobilistes pestent d’être ralentis par les bus, les camions, les travaux qui rétrécissent encore la chaussée.
Une rue bordée d’antiques maisons aux volets si rouillés que la couleur d’origine a disparu, remplacée par un camaïeu de marron clair, marron foncé, orangé. Les rez-de-chaussée murés sont couverts de graffitis gribouillés les uns sur les autres. Des boutiques fermées, le rideau de fer tombé depuis longtemps, côtoient des survivantes montrant vaillamment leur devanture aux passants renfrognés, sans attirer grand monde.
Où sont-elles ? Où sont-elles passées, les femmes du passé ? Pas les femmes puissantes ou d’exception, non, mais les anonymes, celles que l’on devine au détour d’une archive. Sur le registre des passagers d’un transatlantique arrivé à Buenos Aires en 1902, l’employé de la compagnie maritime a soigneusement noté le nom des voyageurs. Ou plutôt, de certains voyageurs : dans la colonne où figure ma grand-tante célibataire, bien signalée par son prénom et son nom, apparaissent quelques cohortes étranges :
Janvier, mois du vin… Mois de la sobriété après les fêtes ou mois de la dégustation heureuse, selon les goûts et les affinités !
Débat ancien, témoin cette tranche de vie dans un village béarnais voici 136 ans. L’article paru dans Le Glaneur d’Oloron et des Basses-Pyrénées est retranscrit ici en en respectant la forme.
Un ciel bleu quelque part en Béarn…
Et pour l’accompagner, cette chanson connue partout dans le Sud-Ouest et au-delà :
Aqueras Montanhas (ces montagnes – prononcer aqueros montaños)
Un samedi de décembre rue du Temple. Un homme est assis sur le rebord de la devanture du Bazar de l’Hôtel de Ville (BHV pour les Parisiens). La cinquantaine, le regard direct, digne. Vous n’avez pas un peu d’argent ? Je voudrais une crêpe au fromage.
Une crêpe au fromage ? Justement, à cinquante mètres de là, une petite boutique de crêpes au comptoir ouvert sur la rue répand sur le trottoir une délicieuse odeur de pâte et de sucre.
J’ai depuis longtemps renoncé à donner une pièce aux miséreux qui font la manche. Une foule tend la main, disséminée sur les trottoirs, les bancs, dans les couloirs du métro, aux feux rouges. Si je donne à l’un, je donne à l’autre. Impossible. Trop nombreux. Alors, je fais comme les autres passants, une dénégation rapide de la tête, le regard ailleurs.






La datte
Métro parisien, un soir de printemps, entre Gobelins et Censier-Daubenton. Assis en face de moi, un homme mange des dattes qu’il tire d’un sac en plastique vert. Un voyageur entre deux âges, le visage barré de grosses lunettes de vue à monture noire, vêtu d’une chemise à rayures bordeaux et d’un pantalon à carreaux gris et marron, le tout résolument hors mode. Il sort les dattes de la poche verte, encore accrochées à leur branche. Elles sont appétissantes, rondes et dorées. De quelle lointaine oasis saharienne viennent-elles ?