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C’est la rentrée des classes et déjà les premières punitions !
Un peu de bienveillance que diable !
Billets vie quotidienne
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C’est la rentrée des classes et déjà les premières punitions !
Un peu de bienveillance que diable !
Un vendredi soir d’août, métro Anvers, encore beaucoup de monde à 11 h du soir.
Une voix forte, bien timbrée, celle d’un jeune homme noir entouré de ses amis. Que Jésus vous ait en Sa Sainte Garde, Jésus vous aime, il est avec nous ! Accueillez-le, Jésus est amour ! J’ai commis des péchés parce que j’ai fait des bêtises ! La voix s’enroule autour de la barre centrale du wagon et passe d’un siège à l’autre sur les voyageurs qui sourient avec entrain comme si c’était un gag, un sketch spécial métro-sortie du ciné. Tout le monde a l’air content d’être là, tous Parisiens même les touristes, un peu serrés les uns contre les autres, à écouter ce type un brin allumé qui croit en Jésus et tout le reste et tient à nous entraîner dans cet amour.
Je doute qu’il convainque grand-monde mais il a mis une sacrée ambiance, la ligne 6 en est toute égayée.
A Barbès-Rochechouart tout le groupe descend, garçons et filles à la peau sombre et souriants. Vont-ils retourner dans leur paroisse, entrer dans un autre wagon ? Je n’ai pas le temps de les prendre en photo, le métro repart, il a laissé Jésus sur le quai, mais les sourires flottent encore dans le wagon, c’est chouette, le métro, la nuit.
Entre Laumière et Jaurès, une jeune fille de seize ou dix-sept ans dit à une autre, Moi je m’invente des besoins. Je me dis J’ai froid et je n’ai qu’un gilet, alors il faut que je m’en achète un autre, ça me fait un besoin, un truc à acheter. Elles rient toutes les deux.
Drôle d’endroit pour mettre des tennis, bientôt les fils seront enterrés dommage ça aurait permis de faire des lancers de trucs à fil, de pelotes de laine lestées de petits cailloux, de cordes à sauter, de casseroles attachées par le manche. Les amoureux pourraient lancer des cadenas reliés par des fils de couleur, ça ferait des guirlandes en attendant Noël. Mais il ne faut pas en accrocher trop car ça risquerait de peser sur les câbles, les fils électriques c’est fait pour faire passer l’électricité quand même et les agents d’EDF ne seraient pas contents. Et les voisins non plus.
Boulevard du Montparnasse à Paris, un samedi de décembre 2016, il fait froid.
Je suis pressée, je vais à la séance matinale d’un cinéma du quartier et je ne veux pas rater le début. Il est assis là, posé sur le trottoir, son sac à côté de lui, au bord d’une sortie de voiture. Je le vois d’abord de face, un homme jeune, aux yeux sans regard, le visage immobile encadré par la capuche de son anorak. Pas la moindre sébile devant lui pour faire la manche, ce n’est de toute façon pas un lieu très adapté.
En sortant du cinéma, trois heures et un débat animé plus tard, je le retrouve de dos, dans la même position. Il y restera sans doute longtemps, corps pétrifié qui ne demande rien, visage engourdi, très loin de nous.
Un jour de janvier, je ne sais plus de quelle année.
Vous voulez vous asseoir madame ? Ce soir dans le métro, une jeune fille m’a proposé sa place quand je suis entrée dans le wagon. Ça se voit tant que ça ? Déjà que je me sentais vieille et fatiguée et en plus j’ai une carte senior depuis un mois ! Il va falloir lutter pour garder le moral et le printemps est encore loin.
Un de mes copains raconte cette histoire : il entre dans un wagon de métro, une jeune fille est assise, elle est jolie, il lui sourit. Elle lui rend son sourire, il se dit J’ai une touche (on parlait comme ça quand on était jeunes). Elle fait mine de se lever en disant : Vous voulez vous asseoir, Monsieur ? Non non, souffle-t-il en se sentant devenir cramoisi. Là j’ai eu l’impression d’être vraiment vieux, lâche-t-il au milieu des rires. Et moi de même aujourd’hui, et aussi quand j’avise un joli garçon qui ne me prête pas la moindre attention et dont je me rends compte, à l’observer de plus près, qu’il est nettement plus jeune que ma fille.
Emmanuelle Riva s’est envolée le 27 janvier dernier. Deux semaines plus tôt, elle éclairait l’émission de Laure Adler avec ces paroles :
Je commence à dépasser les bornes de l’âge, je sens qu’on est deux, il y a mon corps et moi, je le sens très fort, il y a une lutte et puis faut pas faire la maline, faut se dépêcher d’être comme tout le monde, faut pas se faire remarquer ! Son rire argentin de jeune fille.
Vivre en artiste c’est quoi ? De l’art j’en vois chez beaucoup de personnes, l’art de vivre. Mon grand-père était un maçon, il était beau, je suis issue de ces milieux là et je dis bêtement que j’en suis fière.
Les souvenirs sont très vivants pendant que je m’entretiens avec vous, je ne veux pas que vous soyez venue pour rien !
Ça devrait être simple un couple, parce que tout s’intrique, et en même temps on a besoin de liberté. On a besoin d’être seul mais avec les autres. On ne se sent pas seul sauf quand on est un peu malade, parce qu’on a la frousse. Lire la suite
Octobre 2016
Dans le métro, un petit homme s’est assis en face de moi. Il avait un visage étrange, comme un personnage de dessin animé, il m’a fait penser à un lutin avec des oreilles pointues, un peu comme ça :
Ce n’est pas très ressemblant mais c’est ce que j’ai trouvé de mieux. Il me regardait d’un air bizarre, comme s’il était en colère, mais finalement il est descendu avant moi et le lutin a disparu. Après il n’y avait plus personne de surnaturel dans le métro et dans la rue non plus.
Juillet 2016
Sur le pont au Change, entre Châtelet et l’Île de la Cité, une grande libellule danse dans la lumière du soir. Ses bras blancs ondulent autour de sa tête, elle tient par la grâce de la pointe rose de ses chaussons qui picorent le trottoir. Grâce, élégance, douceur indifférente. Elle ne regarde pas les badauds fascinés, offerte au dialogue silencieux avec son photographe, Vénus de Botticelli plantée sur un trottoir parisien.
Avril 2013, Paris
Un jour, j’ai commencé à donner un euro à quelqu’un qui faisait la manche (on les appelait des mendiants quand j’étais jeune). J’ai donné un euro à un autre, puis à un troisième et j’ai arrêté, trop de misère, impossible, j’allais y laisser mon escarcelle. Ils sont trop nombreux, accrochés aux bancs (quand il en reste), aux grilles du métro, aux parapets sur les quais, blottis dans les encoignures de porte, devant les magasins, au pied des escaliers publics, partout où ils peuvent se faire un nid d’où tendre la main.