
Au même instant, le jovial jeune homme encore debout se fait rafler sa place par une vieille postée à la lisière du carré central qui s’assied d’un coup, le regard en avant. Je la vois de profil à côté de moi, quatre-vingts balais bien tapés, le menton un peu en galoche, les cheveux teints d’un joli blond, des lunettes à monture dorée, le dos droit. Ins-tal-lée. Le jeune homme joyeux se retrouve tassé avec les autres, debout dans l’espace central, et sourit à un copain derrière nous qui a vu la scène, l’air de dire, gonflée la vieille, t’as vu comment elle m’a carotté la place ! Eh oui, ça t’apprendra à être souriant, jeune homme. Et en pleine forme. Mais sur ce dernier point, tu n’es pas le seul. Les vieilles ont de la ressource.









Entre Laumière et Jaurès, une jeune fille de seize ou dix-sept ans dit à une autre, Moi je m’invente des besoins. Je me dis J’ai froid et je n’ai qu’un gilet, alors il faut que je m’en achète un autre, ça me fait un besoin, un truc à acheter. Elles rient toutes les deux.