napoleon-iii

Ligne 8 Daumesnil, direction Balard, mercredi 29 juin 23 h

Trois jeunes de pas trente ans sur le quai. L’une  dit à sa copine :

  • Tu sais quoi, l’autre jour j’étais au restaurant, j’ai parlé avec une  vieille, elle avait 90 ans, son grand père, il  a connu Napoléon 3 ! T’imagines  ça, toi, Napoléon 3 ? D’un coup, j’ai eu l’impression de faire un saut dans le temps ! Au 19e siècle ! Son grand-père !
  • C’était comme si… Napoléon 3  avait vraiment existé !
  • Ouais, je sais, il a vraiment existé mais… Enfin tu vois quoi, ça fait peur ! La vieille de 90 ans, elle a son grand-père, il  a CONNU Napoléon 3 ! Et elle ME PARLE!!!  Brrr !

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Comment rendre leur dignité  aux dernières années de la vie de ceux qui nous ont donné le jour ?  Comment parler de la dégradation des facultés mentales sans tomber dans le pathos, la description de la déchéance, la compassion ? Et comment se consoler du temps qui passe et des liens défaits ?

L’interlocutrice, le livre de Geneviève Peigné, dont elle dit  que sa mère, Odette, est co-auteure,  tente de répondre à ces questions. Odette aimait lire des polars. À la fin de sa vie,   elle a intercalé entre les lignes des livres d’Exbrayat, Agatha Christie, Simenon et d’autres ses propres réponses aux phrases des dialogues, ses commentaires aussi sur les pages de titre. Sa fille retrouve les livres après sa mort et les lit comme des trésors, fenêtres ouvertes sur la lutte de sa mère pour survivre avec une pensée qui se désarticule. Lire la suite

 

Vision 1

Je suis allée au marché des Lilas ce matin. Je montais la côte qui y mène, j’étais presque arrivée en haut, et je les ai vus. Mon père et ma mère, marchant vers la bibliothèque. Deux petits vieux maigriots, un peu courbés en avant, de la même taille, elle avec des cheveux courts, lui un peu chauve, les deux en pantalon d’été, avec des chemisettes légères et des chaussures pratiques. J’ai pressé le pas, failli courir pour les rattraper, ils ont tourné le coin de la rue, j’ai accéléré, j’avais peur qu’ils aient disparu comme des fantômes mais non, ils étaient encore là, ils me tournaient le dos en regardant une affiche, je les regardais avidement, oh, est ce qu’on se console jamais d’être orphelin ? Je les ai pris en photo, de dos, mon père et ma mère. À jamais.

Maryse Esterle

29 août 2012