Tout près de moi, ce cadeau de chaînes et de clous.
Billets vie quotidienne
Un soir de mars 2013, Paris, place de la Nation, tout près des colonnes du Trône. C’est l’heure où les SDF cherchent à se nicher dans les coins pour dormir. Il fait encore froid, c’est le début du printemps pourtant. Bizarre sur ce banc, ce gros paquet vibrant recouvert d’une bâche de plastique bleue. A côté, des baluchons de plastique.
Quelqu’un tremble-t-il de froid là-dedans ?
Le paquet frémit à nouveau, spasmodique, dans sa partie la plus bombée. Et je comprends. Là, à deux pas d’un café et d’une bouche de métro, dans cette nuit froide de mars, deux miséreux baisent en silence sous une bâche.
Amants transis des colonnes du Trône, mon cœur se serre avec le vôtre dans la nuit sombre de Paris, chambre d’hôtel plastifiée de la moitié d’un mètre carré, misère bleue crissante et froide.
Maryse Esterle
Gare du Nord, six heures du soir, Paris rentre à la maison. Les escaliers, les quais, les trains regorgent de gens, de vitesse, de bruit. Dans la foule qui court et qui roule, les petits pas tremblotants du vieux monsieur.
Il tient à la main un grand sac en plastique rayé, éternel bagage des sans-logis. Il va tout doucement rejoindre un autre vieux monsieur, ils sourient et se disent bonjour dans leur langue râpeuse. Ils s’assoient ensemble contre le mur avec une petite coupelle devant eux.
Maryse Esterle, février 2013
Je suis allée au marché des Lilas ce matin. Je montais la côte qui y mène, j’étais presque arrivée en haut, et je les ai vus. Mon père et ma mère, marchant vers la bibliothèque. Deux petits vieux maigriots, un peu courbés en avant, de la même taille, elle avec des cheveux courts, lui un peu chauve, les deux en pantalon d’été, avec des chemisettes légères et des chaussures pratiques. J’ai pressé le pas, failli courir pour les rattraper, ils ont tourné le coin de la rue, j’ai accéléré, j’avais peur qu’ils aient disparu comme des fantômes mais non, ils étaient encore là, ils me tournaient le dos en regardant une affiche, je les regardais avidement, oh, est ce qu’on se console jamais d’être orphelin ? Je les ai pris en photo, de dos, mon père et ma mère. À jamais.
Maryse Esterle
29 août 2012