Éphémère

Photo Adriana Knop

Les hortensias sont des fleurs faites de centaines de petites fleurs ; ils aiment l’ombre et la pluie, on en trouve beaucoup sur la côte Atlantique et en Béarn, où ils forment de véritables buissons contre les murs des maisons. Après la floraison, les fleurs fanent mais on peut conserver des bouquets de fleurs séchées, qui décorent l’intérieur des maisons d’une manière plus mélancolique. Durant l’hiver, ces bouquets rappellent l’été triomphant, la saison qui semble ne jamais devoir cesser.

Comment imaginer en plein cœur du mois d’août qu’à l’endroit où nous prenons une orangeade en short et tongs, nous serons couverts d’une doudoune et bottés contre la boue glacée quelques semaines plus tard ? Comment imaginer que la paisible rivière va se transformer d’une heure à l’autre en torrent tumultueux qui détruit tout sur son passage ? Comment imaginer que la paix va tourner au drame, que le cyclone va surgir dans le ciel sans nuages, écrasant la terre sous des pluies torrentielles et des vents de tempête, rebattant les cartes d’un équilibre qui paraissait devoir durer toujours ? Comment imaginer que ceux que nous aimons vont disparaître d’un coup, arrachés à la vie sans espoir de retour ?

Il le faut bien pourtant, et s’attendre à l’imprévisible. Quand l’accident arrive, celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas cherchent consolation. L’un prie son dieu et lui remet l’âme du disparu, l’autre contemple le néant et pleure de rage, l’autre enfin invente des histoires de fantômes bienveillants qui toujours reviendront. Puis chacun reprend son chemin, cherchant à caser ce départ, comme on dit pudiquement, dans un système logique et cohérent, alors qu’il n’y a ni logique ni cohérence à l’accident. Il arrive, il dévaste, il repart, à nous de nous en accommoder, de replâtrer nos cœurs, de reconstruire nos intérieurs bafoués. Et d’avancer avec les petits enfants qui viennent au monde.

Que l’un fût de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera *

Ce billet est dédié à mon frère Alain Esterle, disparu brutalement le 26 août 2021.

 * Extraits du poème de Louis Aragon, La Rose et le Réséda.

 

 

2 réponses
  1. Valverde dit :

    Qué forma más preciosa de sublimar el dolor, Maryse.
    Nos das palabras a quienes no sabemos encontrarlas.
    Gracias por ofrecernos este rinconcito donde guardar para siempre las personas queridas.
    Un abrazo enorme.
    Traduction (ME) : Quelle jolie façon de sublimer la douleur, Maryse.
    Tu nous donnes les mots que nous ne savons pas trouver.
    Merci de nous offrir cet abri où garder pour toujours les personnes aimées.
    Je t’embrassse très fort.

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  2. Bernard Lascar dit :

    Salut Alain. Tu étais quelqu’un d’élégant au sens le plus large du terme. Cette phrase m’est revenue d’un champion de golf, Walter Hagen : « Ne te hâte pas, ne te torture pas l’esprit… Tu n’es ici-bas que pour une courte visite. N’oublie pas de t’arrêter pour respirer les fleurs…  » Ce n’était pas un philosophe mais cette pensée ne devrait jamais nous sortir de l’esprit.

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