Distribution des prix

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Fin de l’année scolaire. Des cohortes d’enfants parcourent les rues avec leurs animateurs. L’école est finie.

Il n’y a plus aujourd’hui de distribution des prix, cérémonie clôturant jadis l’année scolaire, avec remise en grande pompe des livres aux têtes de classe. Couronnement d’une année de  félicitations, d’encouragement et d‘inscriptions au tableau d’honneur. Certaines de ces distinctions ont survécu, mais non les prix de fin d’année ni leur distribution, à l’école publique du moins.

Salle des fêtes de mon école primaire de filles, il y a bien longtemps. Toutes les élèves sont là, en costume du dimanche, assises dans la salle avec leurs parents. J’ai le prix d’excellence, le Jupiter des prix, ex aequo avec une amie, comme pendant toutes nos années d’école primaire. Je suis en plein dans les statistiques : fille de professeurs, exercices toujours faits, leçons apprises au cordeau, visites culturelles en lien avec le programme. L’école à la maison et la maison à l’école. Un continuum assez  ennuyeux, garantie d’un avenir assuré et sans surprise. Pourtant, elles ne manqueront pas plus tard, les surprises, bonnes ou mauvaises.

Les classes défilent avec leurs récompenses : prix d’excellence, prix d’honneur, prix d’histoire, de mathématiques, de leçons  de choses… Soudain, une élève que je ne connais pas s’effondre en pleurs. Un chagrin à gros bouillons, la main frottant les yeux rouges. Inconsolable. Qu’est-ce qu’elle a ? Se demande-t-on d’un rang à l’autre, têtes penchées, regards curieux.
Ce qu’elle a, ou plutôt ce qu’elle n’a pas ? Elle n’a aucun prix, voilà. Pas même le prix de camaraderie, attribué à celles qui n’avaient que leur gentillesse à offrir à l’école. Ni un accessit en gymnastique ou en dessin. Rien.  D’autres  se contentent de ce rien, mais pas la fillette en pleurs.
La mère de l’éplorée l’emmène hors de la salle. Perdante déjà, à huit ans.

Elle me rappelle ces anciens élèves rencontrés lors de mes recherches sur le décrochage scolaire. Ils occupaient les places dans la classe selon leur rang dans les résultats. Les premiers devant, les derniers au fond. « Moi ça dépendait, me dit l’un d’eux, des fois j’étais au dernier rang, des fois à l’avant-dernier ». Prophétie auto-réalisatrice ? Ces enfants-élèves relégués en fond de classe gardaient, adultes, la brûlure de  la marque infamante : échec scolaire. Quelques-uns avaient remonté la pente par défi, devenant enseignants, chefs d’entreprise, sportifs. D’autres l’avaient rageusement descendue. Ceux-là n’apprenaient plus rien, refusant les « formations de remise à niveau », et faisant parfois payer cher à des inconnus les humiliations subies enfants. Dérisoires revanches sans objet qui ne les consolaient de rien et amenaient d’autres sanctions, d’autres relégations.
Destins en impasse, sans fin.

Le visage de cette élève en pleurs est resté dans mon souvenir. La vacuité de mes prix d’excellence aussi. J’ai applaudi la fin de la distribution des prix et celle des classements, inutiles et cruels, entérinant le plus souvent les rangs sociaux des élèves.

Puisse cette petite fille être devenue une femme de prix.

9 réponses
  1. Alexandre CAZERES dit :

    Merci encore une fois Maryse pour cette prise d’actualité ! Cette petite fille est sans doute devenue, espérons-le, une femme de choix, sensible à la détresse des autres, filles ou garçons d’ailleurs !
    Car à partir de la souffrance exprimée et endurée, elle a pu développer fortement sa compréhension intime d’autrui .
    Bien vu aussi le destin de ceux qui n’aimaient pas l’école et le faisaient payer aux autres plus tard très durement ! Bonne soirée

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    • Maryse Esterle dit :

      Oui j’ai rencontré des « résilients » (mot un peu galvaudé aujourd’hui) mais aussi ceux que l’on appelle « délinquants », alors que leur identité ne se résume pas à ce mot. Violence subie, violence agie, comme le disent les psychologues. Cercle infernal, peut-on rajouter. Difficile de démêler l’écheveau des causes et des effets des choses vécues dans l’enfance !
      Bonne journée Alexandre !

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  2. Léocadie Diana dit :

    Chaque élève est valeureux.
    Souvenirs d’une table ronde à Cambuston : échanger pour ne pas décrocher. Plaisir de partager avec vous la publication de cet ouvrage : L’école est un jardin. L’élève un être en fleur.

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    • Maryse Esterle dit :

      Merci Léocadie. Oui je me souviens avec émotion de mon séjour à la Réunion et de notre échange à Cambuston. Longue vie à votre ouvrage et à votre action !

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  3. Nathalie de Courson dit :

    J’ai été cette élève en pleurs quand j’ai raté mon Brevet des Collèges (nommé alors BEPC). Je n’avais rien révisé car je me croyais excellente. Le Proviseur m’a rencontrée et m’a dit : « Les échecs fortifient les forts et affaiblissent les faibles ». Cela m’a stimulée et inquiétée en même temps : qui me disait que je n’étais pas inexorablement dans la catégorie des faibles ?

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    • Maryse Esterle dit :

      Ce qui ne me tue pas me rend plus fort… C’est à prendre ou à laisser. On a des capacités d’adaptation insoupçonnés ! Moi aussi j’ai cafouillé dans mes études, plus tard que le brevet. Je faisais bien autre chose que préparer le CAPES et je l’ai raté ! Mais ensuite, je suis devenue éducatrice, ce qui n’aurait pas été le cas si j’étais devenue enseignante (ce fut pour plus tard). Un échec qui me permit de vivre une expérience inoubliable.

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  4. Bernard Lascar dit :

    Les prix ont plus ou moins de valeur selon les personnes. Une distinction qui m’a fait énormément plaisir est celle décernée par les élèves de ma classe de première ou de terminale : le prix du meilleur camarade. Avec ce prix je pouvais bénéficier d’une bourse, la bourse Zellidja, qui m’aurait permis de partir un mois quelque part après avoir déposé un dossier. J’étais en concurrence avec d’autres élèves d’autres classes et je n’ai pas été finalement retenu. Mais le plus important à mes yeux est d’avoir été considéré comme le meilleur camarade de ma classe : un prix inestimable à mes yeux.

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