Remontée de souvenirs

Flumet, il y a quelques décennies

Dans les années 1960, je suis allée plusieurs fois aux sports d’hiver avec mes parents et mes frères pendant les vacances de Noël.

Nous allions à Flumet, en Haute-Savoie, près du col des Aravis. La pratique des sports d’hiver commençait à se répandre et nous nous trouvions bien dans cette station de ski familiale, où les prix étaient plus bas et l’ambiance moins snob qu’à Megève toute proche.

Les skis étaient en bois et résine, longs et lourds, les chaussures en cuir pesaient aux pieds. Je me souviens du cliquetis de cet équipement (skis, bâtons et chaussures) sur l’asphalte de la route vers le téléski. J’appris le chasse-neige virage, figure indispensable pour se lancer sur les pistes vertes, avec un moniteur local. Les enfants descendaient en file lente et remontaient en canard les petites pentes des débutants, tout près de l’entrée du domaine skiable.

Une fois la technique acquise, la remontée mécanique était une sorte de rite initiatique pour l’apprenti skieur. La perche vide arrivait en brinquebalant, guidée par l’employé du remonte-pente, et il fallait l’attraper vivement, la coller entre les jambes et laisser le corps suivre l’élan du redémarrage après le ralentissement qui permettait de la saisir. Parfois, le skieur coordonnait mal ses mouvements, les skis n’étaient pas exactement parallèles et se croisaient au départ, assurant une gamelle parfaite avec roulade dans la neige, bâtons d’un côté, bonnet de l’autre. Encore heureux si on pouvait se débarrasser du tire-fesses qui sinon portait très bien son nom, traînant le malheureux sur quelques mètres avant qu’il échoue, misérable, le nez dans la neige, sous le regard blasé du montagnard chargé de superviser l’opération et les réflexions aigres-douces des autres skieurs. On voyait ainsi des cannes vides suivre leur chemin sur la pente, auxquelles restait parfois accroché un gant solitaire, intercalées entre celles occupées par des grimpeurs décontractés.

Il m’arrivait quand même de ne pas tomber et alors le spectacle de la montagne, surtout au soleil, le matin, me remplissait de joie. Le massif du Mont-Blanc s’offrait dans toute sa splendeur, couvert de neige bleue et de conifères argentés sur ses flancs. Le sommet immaculé paraissait arrêté en plein mouvement, prêt à dévaler vers nous dans un élan immobile. Pour des milliers de petits citadins nés peu après la guerre, ces incursions en pleine montagne, dans l’air froid et le soleil bleuté des cimes, ouvraient un horizon d’immensité ondoyante, de liberté, d’avenir clair et lumineux.

C’était bien quand elles étaient ouvertes, les remontées mécaniques…

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4 réponses
  1. Hervé Garnier dit :

    Comme j’aime le faire, et comme mon père le faisait avant l’avènement des remontées mécaniques avant-guerre, c’est le moment de ressortir les peaux, anciennement de phoque, maintenant synthétiques.
    C’est la vraie liberté !

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  2. Maryse Esterle dit :

    Oui, la montagne l’hiver donne toujours cette impression d’immensité et de liberté, d’espace aussi, surtout quand on peut sortir des « sentiers battus ». À l’époque, il y avait relativement peu de monde dans les stations et j’ai un souvenir ouaté de ces balades dans la montagne grâce aux skis en tous genres.

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  3. Ariane B. dit :

    Souvenirs, souvenirs… Quant à moi mes premiers sports d’hiver eurent lieu à St Véran, le plus haut village de France ; hébergées chez des paysans, nous dormions à 4 filles dans une chambre avec des édredons et des peaux de mouton comme couverture ; le matin pâté au petit déjeuner et grosse tranches de pain (délicieux). Par, contre on m’avait fait partir avec les skis (en bois), lanières pour accrocher des chaussures normales, qui étaient ceux de mon frère, de 17 ans plus âgé, et évidemment plus grand. Résultat entorse à la première descente.
    Je n’ai jamais vraiment goûté aux joies de ce sport…

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    • Maryse Esterle dit :

      Oui c’était un autre temps ! J’ai bien aimé le ski de piste (malgré les gamelles) quand j’étais plus jeune, ensuite j’ai appris à des jeunes les rudiments du fameux chasse-neige virage avant qu’ils se lancent sur les pistes tout seuls, et maintenant j’aime bien voir les skieurs mais je ne me mêle plus à eux, je tiens à mes abattis… Mais le spectacle de la montagne est toujours aussi renversant, à pied !

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