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l’écriture comme un voyage

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Quatre saisons

Quand j’étais petite, dans les années 60, il y avait quatre saisons bien différentes : l’automne et ses feuilles mortes entraînées par le vent, l’hiver couvert  de neige, le printemps et le réveil de la nature, l’été, sa chaleur et ses vacances.

Nous avions des vêtements de demi-saison, plus légers que les manteaux d’hiver mais laissés dans l’armoire quand les chaleurs d’été arrivaient. Tout cela formait un ordre immuable et rassurant, tangible comme le bonhomme de neige en décembre ou les parasols en juillet.

Bourvil chantait :

Un oranger sur le sol irlandais, on ne le verra jamais.
Un jour de neige embaumé de lilas,
Jamais on ne le verra.*

Tout le monde souriait en écoutant cette chanson : bien sûr, on ne le verrait jamais, un jour de neige embaumé de lilas !

Nos livres d’école reprenaient le cycle des saisons :
Cette nuit, la neige est venue. Ce matin, lorsque Bob se réveille, il y en a déjà une couche épaisse. De gros flocons blancs tombent encore ; ils voltigent dans le ciel, peu pressés d’atterrir.
– Le père Noël plume ses oies ! s’écrie Nelly.*

 Les livres de lecture parlaient des abeilles, des sauterelles et des papillons, petites bêtes volantes ou sauteuses dans les jardins et les prairies.
Les pesticides ne les avaient pas encore détruites en masse.

Certes, il y avait des incendies de forêt, des inondations, des canicules. Encore que celles-ci apparaissaient en été ; nous échangions des soupirs et des regards accablés lorsque la température atteignait 30 degrés. Nous sommes presque heureux maintenant quand elles ne montent que jusque-là.

Comment décrire le monde aujourd’hui ? Les insectes se font rares, eux qui constellaient les pare-brise des voitures dès que nous prenions la route. Chaleur torride en septembre, incendies monstres, inondations et tempêtes dans des régions jusque-là sujettes à quelques aléas climatiques…

Tout a changé très vite. Nous, les baby-boomers, sommes passés d’un monde à l’autre sans presque nous en rendre compte. En repensant aux saisons de mon enfance, je revois cette scène du film Soleil vert*. Avant de mourir, le vieux Sol regarde la Terre d’autrefois sur un écran géant : forêts, montagnes enneigées, arbres en fleurs, cerfs et biches, poissons, cascades, crépuscule en bord de mer. Son ami Thorn découvre ce que fut la Terre avant l’épuisement des ressources, la surpopulation et les canicules continuelles.

Une des scènes les plus émouvantes que j’aie vues au cinéma.

On peut la voir ici :  La Terre autrefois – Soleil Vert

Lac des Alpes, été 2023

4 réponses
  1. Lascar dit :
    11 septembre 2023 à 14 h 06 min

    Ne restera-t-il un jour que les vieilles photos ou les pizzas pour nous rappeler les quatre saisons ?
    Réécoutons Vivaldi pour rêver encore !

  2. Heydemann dit :
    11 septembre 2023 à 14 h 31 min

    Merci, Maryse, tu traduis très bien ce que je ressens dans le chaos climatique actuel !
    Et c’est du bonheur de se souvenir de la chanson de Bourvil !

  3. Maryse Esterle dit :
    8 octobre 2023 à 13 h 53 min

    Il n’est peut-être pas trop tard… Espérons encore ?

  4. 1011-art dit :
    28 décembre 2023 à 7 h 12 min

    Merci pour votre texte ! Pour évoquer cela, moi je dessine ! Voici en partage une série de dessins évoquant, par une suite d’abeilles mortes, la pollution par les substances chimiques et les pesticides : https://1011-art.blogspot.com/p/vous-etes-ici.html
    Ou les dessins du moment « Vanité » où les saisons ne sont plus : https://1011-art.blogspot.com/p/vanite.html

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