La datte
Métro parisien, un soir de printemps, entre Gobelins et Censier-Daubenton. Assis en face de moi, un homme mange des dattes qu’il tire d’un sac en plastique vert. Un voyageur entre deux âges, le visage barré de grosses lunettes de vue à monture noire, vêtu d’une chemise à rayures bordeaux et d’un pantalon à carreaux gris et marron, le tout résolument hors mode. Il sort les dattes de la poche verte, encore accrochées à leur branche. Elles sont appétissantes, rondes et dorées. De quelle lointaine oasis saharienne viennent-elles ?
Le passager surprend mon regard. Un mouvement du menton : tu en veux une ? Pouce levé : oui. Il me tend la branche, je prends une datte. Moelleuse, comme nappée de miel, elle coule sous la langue. Un pur délice de sucre naturel. Nous ne parlons sans doute pas la même langue, à quoi bon ?
Le métro arrive à Censier. L’homme me salue d’un sourire silencieux et s’en va vers son monde.
Elle est bonne ta datte, mon frère, crémeuse et fondante. Elle a le goût de l’amitié métropolitaine.



Belle complicité d’un instant qui peut valoir tous les dialogues. Il y a comme ça des dattes mémorables.
Des dattes dont on se souvient…
Un beau moment de partage, Maryse, et un texte touchant qui annule « le chacun pour soi » si souvent présent dans notre société, continue de prendre le métro pour nous régaler de tes belles histoires ! Amitiés, Catherine
Merci Catherine, j’aime bien ces petits miracles du quotidien, qui nous aident à vivre.
Rencontre que l’on aimerait faire souvent… Un partage simple, en toute discrétion, qui « datte » un instant partagé.
Claire-Hélène
Oui, on peut encore en faire, quelquefois, sans bruit !
Merci Maryse, d’avoir capté ce moment d’humanité simple pour nous.
Chaque voyage en métro pourrait être le chapitre d’un joli roman de vie. On y fait des rencontres insolites, mais tellement fraternelles.
C’était il y a six mois environ, le temps d’un voyage parisien pour participer à un colloque en Sorbonne. Cela faisait un moment que je n’avais quitté, casanier que je suis, mon Artois natal. Je remonte vers la gare du Nord, non pas par la 7, tout bon parisien le sait, mais par la 4. Ah! l’odeur âcre du métro à la fin de la journée! C’est chargé, mais pas trop, au point que l’on peut demeurer assis sur les strapontins. Je reste debout, après une journée passée assis sur les vieux bancs de bois de l’amphithéâtre sorbonnard. Devant moi, une jolie beurette, les cheveux cachés dans un foulard de soie vert tendre qui arrondit son visage poupin, caresse de ses jolis doigts colorés de henné son smartphone. C’est comme ça que l’on désigne, paraît-il, ces engins qui vous isolent du monde. Nos regards se croisent. Elle a des yeux noisette pétillants de vie. Elle se lève d’un bond et, avec une infinie politesse, m’offre sa place. Taquin, je lui dis:
« – Mademoiselle, me voyez-vous si vieux que je ne puisse demeurer debout?
– Pardon, Monsieur, sûrement pas! Mais c’est ainsi ! Je me dois de vous céder ma place. Mes parents me l’ont appris. Je suis sûre que vos petits enfants feraient de même. Et si vous n’acceptez pas, la place sera prise par quelqu’un d’autre, car je resterai debout, comme vous. »
Ému, j’ai souri pour lui dire simplement : « Comme vous voudrez et encore merci ». Et j’ai pensé, en effet, à mes petites filles. C’est beau d’avoir ainsi vingt ans !
Bonne journée
Belle histoire que celle de cette rencontre, Alcide ! Un de mes amis en raconte une autre, qui lui ressemble un peu : il est debout dans un wagon de métro, sur la plate-forme entre les sièges. Son regard croise celui d’une jeune femme assise dans un carré. Elle lui sourit. Flatté, il lui rend son sourire, en se disant : « Je ne suis pas si vieux quand même, je plais encore » ! À ce moment-là, la jeune femme se lève et lui dit : « Vous voulez vous assoir, Monsieur ? « , le ramenant à la dure réalité intergénérationnelle.
Il raconte ça sous les rires et, beau joueur, sourit aussi, une pointe de nostalgie dans le regard : on ne peut pas être et avoir été… C’est ce que je me dis quand un beau garçon me cède sa place !
Así, sin recelos ni prejuicios, con la comunicación profunda del gesto que no limita las palabras podemos construir un mundo diferente, prestando atención a las breves posibilidades que nos ofrece. Gracias, Maryse, por darnos pistas.
Trad. (ME) : Ainsi, sans méfiance ni préjugés, par la profonde communication du geste par-delà les mots, nous pouvons bâtir un monde différent, attentifs aux brèves occasions qu’il nous offre. Merci, Maryse, de nous donner des pistes.
Gracias Marissi! Sí, a veces las palabras no son necesarias, basta con una mirada, cierta atención al otro, y se abre una ventana que pensabamos cerrada para siempre.
Merci Marissi ! Oui, parfois, les mots ne sont pas nécessaires, il suffit d’un regard, une attention à l’autre, et s’ouvre une fenêtre que nous pensions irrémédiablement fermée.