Leurs enfants après eux, un livre de Nicolas Mathieu. Destin implacable de familles et d’adolescents après l’extinction des hauts fourneaux, quelque part dans l’est de la France, quand le travail manque et que rien ne vient le remplacer, hormis les supermarchés et les parcs de loisirs.
Les vies tournent en rond sans trouver la sortie, marquées par « l’effroyable douceur d’appartenir ».
Souvenir de ces couples de vingt ans, au bord d’un plan d’eau qui rassemblait la jeunesse et les familles des alentours, quelque part entre Sens et Troyes. Leurs ancêtres étaient sans doute bonnetières, briquetiers, bûcherons ou charbonniers. Les garçons avaient tous une canette de bière à la main, et ils n’en buvaient pas qu’une dans l’après-midi, témoins les petits bidons qui pointaient déjà au-dessus de l’élastique de leur maillot. Les filles affairées à s’occuper du ménage de leur mini-installation au bord de l’eau. Des ados qui jouent aux adultes, me suis-je dit, sauf qu’ils ne jouaient pas, car les bébés dans les bras de leurs mères encore minces étaient bien réels, comme l’étaient les couvertures sur lesquelles on voyait des biberons, des couches et tout le matériel pour s’occuper d’un enfant. Ils avaient l’air sérieux déjà, montés d’un coup de l’enfance à l’âge de parent.  Leurs regards fixes, leurs poses de grands. Comme ceux croisés dans les villages déserts de travail du Nord, un chemin, pas deux. Même pas tristes, des rêves mêmes pas brisés, juste entrevus peut-être. Et leurs enfants après eux ?