Elle s’appelait Christine Renon et elle s’est suicidée le 21 septembre dernier dans l’école maternelle dont elle était la directrice, à Pantin. Dans une lettre, elle parle de sa fatigue, des jeunes enseignants trop peu formés, de la surcharge de travail, des mille tâches dévoratrices  de temps qu’elle devait accomplir quotidiennement.

Des rassemblements ont eu lieu devant son école et le rectorat du 93. Son nom a été entendu dans les médias pendant quelques jours, mais on n’en parle déjà plus. Sa mort aura-t-elle servi à quelque chose ? Voulait-elle que cela soit le cas ?

En pensant à elle, j’ai relu quelques lignes écrites au début de  mon livre « Où va la formation des enseignants ? » : un soir, en cherchant la porte de sortie de L’IUFM * dans les locaux déserts pour aller à la gare d’Arras, je me suis retrouvée enfermée dans une courette intérieure, face à une baie vitrée,  et n’ai dû mon salut qu’à la documentaliste qui se trouvait encore là et m’a guidée vers la rue.

« Les bâtiments parlent, l’espace témoigne, la paroi vitrée qui résonne des coups dans le silence du soir, c’est celle à laquelle nous nous sommes heurtés, étudiants, formateurs, personnels, pendant ces années 2010-2013 : la formation des professeurs se meurt, les ministres mentent, les médias s’affligent, personne ne nous entend.
Ce soir-là, j’ai trouvé la sortie grâce à une main tendue. Je ne suis pas sûre que tous aient eu la même chance, pendant cette période. »

Christine Renon a poussé la porte vers la plus définitive des sorties. Sa  manière à elle de dire les choses.

*Institut universitaire de formation des maîtres