La datte
Métro parisien, un soir de printemps, entre Gobelins et Censier-Daubenton. Assis en face de moi, un homme mange des dattes qu’il tire d’un sac en plastique vert. Un voyageur entre deux âges, le visage barré de grosses lunettes de vue à monture noire, vêtu d’une chemise à rayures bordeaux et d’un pantalon à carreaux gris et marron, le tout résolument hors mode. Il sort les dattes de la poche verte, encore accrochées à leur branche. Elles sont appétissantes, rondes et dorées. De quelle lointaine oasis saharienne viennent-elles ?
Le passager surprend mon regard. Un mouvement du menton : tu en veux une ? Pouce levé : oui. Il me tend la branche, je prends une datte. Moelleuse, comme nappée de miel, elle coule sous la langue. Un pur délice de sucre naturel. Nous ne parlons sans doute pas la même langue, à quoi bon ?
Le métro arrive à Censier. L’homme me salue d’un sourire silencieux et s’en va vers son monde.
Elle est bonne ta datte, mon frère, crémeuse et fondante. Elle a le goût de l’amitié métropolitaine.



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