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Huit heures du soir. L’avion vole au-dessus de l’océan, il a dépassé le Brésil. Moment entre deux continents, ici ailleurs, passé présent. Nous sommes français, argentins, russes, américains. Personne ne peut s’échapper de ce navire volant (le chef de cabine nous a parlé de croisière) et nous formons une communauté éphémère où la bagarre est impossible et les sourires sans engagement. Les lumières sont éteintes et les passagers somnolent devant leurs écrans. Il y a des friandises partout par petites bouchées salées ou sucrées, des mini-bouteilles de yaourt liquide, il ne manque plus que les biberons pour glisser dans le monde ouaté de la petite enfance, dans la pénombre amniotique de ce vaisseau au ronronnement de géant. Debout à l‘arrière de l’avion, deux Argentins se parlent dans leur douce langue chantante. Un homme regarde le vide, opaque au sourire de sa compagne. Une femme étire son dos et son cou, les stewards et les hôtesses sont d’une prévenance bleu foncé comme leur uniforme.
Les gazouillis des bébés se mêlent au bruit du moteur, nous sommes dans la matrice du ciel.