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L’accent

Le 27 février dernier, soirée autour de « Pierre Bourdieu, un Béarnais à Paris », à la Maison de la Nouvelle-Aquitaine. On parle de l’accent béarnais qu’il rabota pour se faire accepter du milieu intellectuel parisien.

L’accent… Il y a quelques années, ma mère fut hospitalisée dans l’annexe gériatrique d’un hôpital du Pays basque à la suite d’un accident vasculaire cérébral. Elle y passa les sept dernières années de sa vie. Je venais souvent la voir depuis Paris.

Quand j’arrivais, l’accent des soignants, des visiteurs et des quelques patients qui parlaient encore m’enveloppait. À les écouter, je me sentais comme emmitouflée dans une couverture en laine des Pyrénées, elles sont si chaudes. J’avais l’impression de puiser dans un sac de merveilles, ces friandises qui laissent du sucre sur les doigts. Ma mère se croyait soixante ans en arrière, jeune enseignante inquiète de son premier emploi du temps. Elle donnait des cours aux aides-soignantes et les grondait si elles n’écoutaient pas. Plus tard, elle cessa de discourir. Ratatinée sur elle-même, elle sortait de son assoupissement pour lâcher des prénoms improbables ou appeler sa sœur morte depuis longtemps. Puis plus grand-chose, le silence comme une nappe sur elle. Quelques mots de béarnais ou d’espagnol surnageaient, vestiges des premières années de sa vie, les derniers à perdurer avant le grand silence final.

Je lui disais des phrases de mon enfance avec l’accent béarnais, le seul que je peux imiter : Il est un peu pèc celui-là non ? Ce torchon c’est un perec, on le met aux chiffons ? Tu as réglé tes petites cointes ? Elle écoutait avec un rire sec, le seul que lui permettait son cerveau sans émotions.

Je n’aurais pas aimé que ma mère fût soignée par des accents pointus, pas loin de la Tour Eiffel. Pourtant on soigne bien en Île de France. Mais non, c’est là-bas que je me sentais rassurée pour elle, enveloppées toutes les deux dans cet accent en laine des Pyrénées qui est si chaud, la bouche pleine de merveilles qui laissent du sucre sur les doigts.

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