11 novembre 2018, La gloire et le sacrifice, rubrique Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Détail du monument aux morts de Quinsac  en Gironde. Dans la partie supérieure est sculpté un médaillon représentant le visage de terreur de Pierre Schnegg, fils du sculpteur, disparu à 21 ans dans la bataille du Chemin des Dames, le 16 avril 1917.
Son corps n’a jamais été retrouvé. *

À côté de l’Hôtel de Ville de Paris, une exposition  sur les objets du quotidien des poilus  pendant la guerre de 14-18  est affichée sur de grands panneaux. Sur l’un d’eux, ces mots :

« À travers cette magnifique exposition, c’est un hommage sobre, digne et accessible à toutes et tous que nous rendons à ceux qui ont contribué par leur sacrifice à l’Histoire de notre Nation et à l’espérance d’un monde de paix et de fraternité. » Anne Hidalgo, Maire de Paris

Sacrifice :

  • Offrande à une divinité et, en particulier, immolation de victimes.
  • Effort volontairement produit, peine volontairement acceptée dans un dessein religieux d’expiation ou d’intercession.
  • Renoncement volontaire à quelque chose, perte qu’on accepte, privation, en particulier sur le plan financier : Faire de grands sacrifices pour ses enfants. *

Si quelques-uns ont écrit des journaux de guerre transformés parfois  en livres après les hostilités, la majorité des poilus s’est tue. Ils n’ont rien dit des tranchées, du froid, de la faim, des corps déchiquetés, de la brutalité de certains officiers et hauts gradés, du déluge de fer et de feu qui s’abattait sur eux. Ils ont gardé le silence sur les blessures du corps et celles de l’esprit. Des soldats ont été appelés les trembleurs de guerre, pris d’irrépressibles spasmes longtemps après les  combats. D’autres ont été retrouvés sur les champs de bataille en position fœtale, incapables de bouger, en l’absence de  toute atteinte organique. Le stress post traumatique n’existait pas et l’heure était à la gloire du « sacrifice consenti » et aux élans patriotiques pour sauver la France. La souffrance et le désespoir n’avaient pas leur place dans cette histoire, bâillonnés par le  discours officiel qui poursuivait et poursuit encore sa route sur les décombres.

Parmi ces soldats inconnus, un jeune homme de trente ans écrit en février 1919 au consul de France à Buenos Aires pour demander un certificat  de résidence lui permettant de retourner en Argentine, pays où il vivait avant la guerre. Il parle dans cette lettre  de ses « trois  glorieuses blessures aux attaques auxquelles le régiment a pris part ».  Il a en effet été blessé à Verdun et dans la bataille de la Somme, au bois de Chaulnes.

Plus tard, en 1925, dans une lettre à son frère et à sa belle-sœur, il parle des « quatre horribles années »  et de « la souffrance du soldat sans le sou et sur le front pendant la guerre ». En quelques mots, selon  son interlocuteur, il offre le contraste entre le jargon patriotique de l‘époque et la réalité des sentiments éprouvés.

Après la guerre, ce jeune soldat, malgré la réponse du consul confirmant sa résidence à Buenos Aires et l’accord de l’armée pour son retour en Argentine, restera en France. Il travailla comme menuisier à la reconstruction, dans la région où il avait participé aux combats. Il  s’est marié deux fois et a eu sept enfants. Il ne parlera que très peu  de la guerre et  vivra jusqu’en 1956, laissant le souvenir d’un homme sévère et silencieux qui n’exprima jamais vraiment ses sentiments.

Ce jeune homme, qui avait  trente ans en 1919,  était mon grand-oncle. Il s’appelait Alexis.

La guerre de 14-18 a provoqué la mort de 18,6 millions de personnes, 9,7 millions de militaires et 8,9 millions de civils. En France, 1 397 800 militaires et 300 000 civils sont morts, plus de 4 millions  de militaires ont été blessés. La bataille de Verdun, inepte d’un point de vue de stratégie militaire, a causé la mort de 378 000 Français et de 330 000 Allemands. 700 000 femmes se sont retrouvées veuves et 800 000 enfants orphelins. Après le conflit, 300 000 hommes sont morts des suites de la guerre. Combien en sont-ils restés détruits,  le cœur vidé, l’espoir enfui, avec le silence pour toute défense, rapidement soupçonnés de ressasser inutilement de vieilles histoires, voire de radoter ? On ne le saura jamais. Vingt ans après tout juste, une autre guerre mondiale est venue remplacer la précédente, dont le dénouement avait largement préparé le déclenchement.

Morts pour la France, vraiment ?

Joyeux 11 novembre 2018 à toutes et à tous.

  • source : http://gastonschnegg.perso.infonie.fr/mmquinsac.htm
  • Dictionnaire Larousse

 

 

Quelques mots d’entrée…

La littérature parle du monde et de la vie sous toutes ses formes, la sociologie nous aide à les comprendre. Il n’y a pas de rupture entre les deux, juste une continuité, un va-et-vient de l’une à l’autre.

Sur ce blog vous trouverez  des articles, des photos, des textes – certains déjà publiés – et des annonces pour ceux qui le seront bientôt.

Et  des commentaires sur des livres, des films, des  événements…

Place est laissée aux émotions, en leur donnant une forme lisible, audible, que l’on peut partager. Des récits littéraires en quelque sorte…

Quelques photos aussi, prises au hasard pour attraper la poésie ou le cours de la vie. La grande ville nous réserve des surprises, des joies et aussi des colères. Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

J’écrirai de temps en temps et les photos arriveront au fur et à mesure.

Le chat Rubens  sur le bandeau est l’oeuvre de Claude Feuillet et Isabelle Gourcerol, en 2014, au 26 rue de la Mare à Paris. Je l’ai pris en photo en mars 2015.

En espérant  partager un peu ou beaucoup de tout ça avec vous !