5 décembre 2019, Grève en décembre, dans Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

En ce jour de grève générale des transports, j’ai retrouvé un texte que j’avais écrit en décembre 1995, lors de la grève qui avait fait reculer le gouvernement d’Alain Juppé sur la réforme des retraites et de la Sécurité sociale. J’étais à l’époque formatrice et chercheure dans un institut régional de travail social situé en banlieue sud de Paris, assez loin de mon domicile.
Extrait :
« Mobilité, rapidité, ponctualité : les maîtres mots de notre époque se trouvent battus en brèche. Mobilité ? On ne bouge plus. Rapidité ? Les voitures bloquent tous les jours le périphérique, les boulevards extérieurs, les rues, les trottoirs. Ponctualité ? Arriver en retard devient normal. On s’appelle quand on arrive… On verra bien.
Tout était urgent avant la grève. Urgent de faire une formation en décembre, urgent d’intervenir auprès d’animateurs, urgent de boucler un rapport de recherche. Tout a été reporté. L’urgence d’avant a perdu son sens, celle d’aujourd’hui étant dans le transport quotidien, à pied, à vélo, en stop ou en voiture. Pendant ces trois semaines, j’ai eu du temps. Le temps de m’occuper de ma fille, de rêvasser devant la télé, de parler avec mes collègues, de préparer des cours que d’ailleurs je n’ai pas donnés puisque j’étais en grève.
M’est venue l’idée que tout cela est vain, que courir comme nous le faisions il y a encore deux mois ne rime à rien, sinon à aller droit dans le mur. Certains travaillent trop, accumulant les activités, d’autres ne travaillent pas assez ou ne travaillent plus et meurent à petit feu de se sentir inutiles au monde. À quand le partage du travail, hors de ce système où les uns s’épuisent et les autres s’étiolent ?
À force de parler du « déclin de la valeur travail », nos dirigeants ont oublié qu’il y avait des conducteurs dans les trains, des agents de tri dans les centres postaux, des professeurs dans les écoles et des infirmiers dans les hôpitaux. Des gens en somme. »

Vingt-quatre ans après, j’ajouterai : nos dirigeants ont oublié qu’il y avait des pauvres allongés dans les rues des grandes villes et des ronds-points en pleine campagne. Reste que depuis 1995, les uns ont continué à courir et les autres à faire du sur-place. Le travail est toujours aussi mal réparti et la précarité s’est développée. Des gens dorment sous des tentes aux portes de Paris, tout s’est durci et aiguisé, comme le froid qui annonce l’hiver.

 

 
 
 

Quelques mots d’entrée…

La littérature parle du monde et de la vie sous toutes ses formes, la sociologie nous aide à les comprendre. Il n’y a pas de rupture entre les deux, juste une continuité, un va-et-vient de l’une à l’autre.

Sur ce blog vous trouverez  des articles, des photos, des textes – certains déjà publiés – et des annonces pour ceux qui le seront bientôt.

Et  des commentaires sur des livres, des films, des  événements…

Place est laissée aux émotions, en leur donnant une forme lisible, audible, que l’on peut partager. Des récits littéraires en quelque sorte…

Quelques photos aussi, prises au hasard pour attraper la poésie ou le cours de la vie. La grande ville nous réserve des surprises, des joies et aussi des colères. Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

J’écrirai de temps en temps et les photos arriveront au fur et à mesure.

Le chat Rubens  sur le bandeau est l’oeuvre de Claude Feuillet et Isabelle Gourcerol, en 2014, au 26 rue de la Mare à Paris. Je l’ai pris en photo en mars 2015.

En espérant  partager un peu ou beaucoup de tout ça avec vous !