In vino

Enfants devant l’église Sainte-Croix d’Oloron-Sainte-Marie, www. cartepostaleoloron.fr

Janvier, mois du vin… Mois de la sobriété  ou celui de la dégustation heureuse, selon les goûts et les affinités !

Débat ancien, témoin cette tranche de vie dans un village béarnais voici 136 ans. L’article paru dans Le Glaneur d’Oloron et des Basses-Pyrénées est retranscrit ici en en respectant la forme.

« Précilhon, le 28 août 1889.

On lit dans La Vérité du 25 août dernier, à la fin d’un article où l’auteur fait allusion à la Fête Nationale.
« L’instituteur de Précilhon a procédé à une dégoûtante saoûlerie des enfants.»
« Je déclare que cette allégation est absolument controuvée *.
« Voici le fait :
« Tous les ans, à l’occasion de la Fête Nationale, la municipalité convie les habitants à une collation. Hommes et enfants se réunissent devant la Mairie.
« Donc, le 14 juillet dernier, vers quatre heures du soir, les enfants de l’école mixte et de la classe enfantine prenaient place, les garçons d’un côté et les filles de l’autre, à la table dressée devant la maison communale. Là, chacun d’eux recevait du pain, du fromage et un peu de vin, environ un demi-verre en deux fois.
« Je puis affirmer qu’il n’y a pas eu excès, car je ne m’absentai pas un seul instant pendant la distribution.
« Après ce léger repas, les enfants, invités à quitter la table, chantèrent la Marseillaise et d’autres morceaux patriotiques. Ils s’amusèrent ensuite librement et gaiement, mais convenablement, jusqu’à la tombée de la nuit.

« Le Maire de Précilhon,
« CASAUBON ».

Et voilà comment on écrit l’histoire dans un journal qui a l’impudeur de prendre pour titre : La Vérité. »

Le Glaneur d’Oloron et des Basses-Pyrénées, 1889

L’article ne dit pas ce que pensèrent les parents en retrouvant leurs enfants pompettes après la collation. Pas grand-chose sans doute, tant était ancrée l’idée que le vin fortifiait les corps, fussent-ils très jeunes.

Quelques années plus tard…

En 1954, Pierre Mendès-France, président du Conseil, instaure le verre de lait sucré obligatoire à la cantine pour lutter contre la dénutrition et l’alcoolisme infantile : « Pour être studieux, solides, forts et vigoureux, buvez du lait ! » est le slogan de l’époque.

Août 1956 : une circulaire du ministère de l’Éducation nationale interdit l’alcool à l’école pour les moins de 14 ans, y compris avec le casse-croûte apporté par les élèves. Jusque-là, cidre, bière et vin étaient consommés à midi dans les écoles.

Septembre 1981 : la consommation d’alcool est interdite aussi dans les lycées. « L’eau est la seule boisson hygiénique recommandable à table », selon la circulaire d’Alain Savary, ministre de l’Éducation nationale. « Dans les cantines et les restaurants scolaires, il n’est servi aucune boisson alcoolisée, même coupée d’eau », précise le ministre.

Près d’un siècle après que les enfants de Précilhon fêtèrent le 14 juillet avec un demi-verre de vin, l’alcool disparaissait officiellement de l’école.

À votre santé, les enfants !

*Controuver : inventer une fausseté pour nuire à quelqu’un (verbe inusité aujourd’hui).

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