Pétrifié

 

Bd du Montparnasse 10 12 2016

Boulevard du Montparnasse à Paris, un samedi  de décembre 2016, il fait froid.

Je suis pressée, je vais à la séance matinale d’un cinéma du quartier et je ne veux pas rater le début. Il est assis là, posé sur le trottoir, son sac à côté de lui, au bord d’une sortie de voiture. Je le vois d’abord de face, un homme jeune, aux yeux sans regard, le visage  immobile encadré par la capuche de son anorak. Pas la moindre sébile devant lui pour faire la manche, ce n’est de toute façon pas un lieu très adapté.

En sortant du cinéma, trois heures et un débat animé plus tard, je le retrouve de dos, dans la même position. Il y restera sans doute longtemps, corps pétrifié qui ne demande rien, visage engourdi, très loin de nous.

 

Accrochés aux bancs

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Avril 2013, Paris

Un jour, j’ai commencé à donner un euro à quelqu’un qui faisait la manche (on les appelait des mendiants quand j’étais jeune). J’ai donné un euro à un autre, puis à un troisième et j’ai arrêté, trop de misère, impossible, j’allais y laisser mon escarcelle. Ils sont trop nombreux, accrochés aux bancs (quand il en reste), aux grilles du métro, aux parapets sur les quais, blottis dans les encoignures de porte, devant les magasins, au pied des escaliers publics, partout où ils peuvent se faire un nid d’où tendre la main.

Les amants des colonnes du Trône

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Un soir de mars 2013, Paris, place de la Nation, tout près des colonnes  du Trône.  C’est l’heure où les SDF cherchent  à se nicher dans les coins pour dormir. Il fait encore froid, c’est le début du printemps pourtant. Bizarre sur ce banc, ce gros paquet vibrant recouvert d’une bâche de plastique bleue. A côté, des baluchons de plastique.

Quelqu’un tremble-t-il de froid là-dedans ?

Le paquet frémit à nouveau, spasmodique,  dans sa partie la plus bombée.  Et je comprends. Là, à deux pas d’un café et d’une bouche de métro, dans cette nuit froide de mars,  deux miséreux baisent en silence sous une bâche.

Amants transis des colonnes du Trône, mon cœur se serre avec le vôtre dans la nuit sombre de Paris,  chambre d’hôtel plastifiée de la moitié d’un mètre carré, misère bleue crissante et froide.

Maryse Esterle

 

 

Le vieux monsieur à la gare du Nord

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Gare du Nord, six heures du soir,  Paris rentre à la maison. Les escaliers, les quais, les trains regorgent de gens, de vitesse, de bruit. Dans la foule qui court et qui roule, les petits pas tremblotants du vieux monsieur.

Il tient à la main un grand sac en plastique rayé, éternel bagage des sans-logis. Il va tout doucement rejoindre un autre vieux monsieur, ils sourient et se disent bonjour dans leur langue râpeuse. Ils s’assoient ensemble contre le mur avec une petite coupelle devant eux.

Maryse Esterle, février  2013

© 2017 Maryse Esterle

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